Une maladie aux manifestations multiples
Environ 10 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 développent un Long COVID ; à l’échelle mondiale, cela représente au moins 65 millions de personnes. Plus de 200 symptômes ont été décrits. Les plus fréquents comprennent la fatigue (épuisement intense), le malaise post-effort (PEM ; aggravation des symptômes après un effort), les troubles cognitifs, l’essoufflement, la dysautonomie (dysfonctionnement du système nerveux autonome), les maux de tête, les douleurs musculaires et articulaires ainsi que les troubles de l’odorat (Davis et al., 2023). Les enfants sont également concernés : chez eux, la fréquence est estimée à 1 à 3 % des infections par le SARS-CoV-2 (Basaca et al., 2025).
Quels mécanismes biologiques sont étudiés ?
Une revue clinique regroupe en trois catégories principales les mécanismes susceptibles de sous-tendre la maladie et étayés par des données scientifiques solides (Greenhalgh et al., 2024). La première comprend les mécanismes liés au virus : le SARS-CoV-2 sous une forme capable de se répliquer, ou certains composants du virus, peuvent persister dans les tissus. D’autres virus, comme le virus d’Epstein-Barr, peuvent également être réactivés.
La deuxième catégorie comprend les réponses immunitaires et inflammatoires dérégulées. Les observations portent notamment sur des modifications des cellules immunitaires, des taux élevés de cytokines (messagers du système immunitaire) et des anticorps dirigés contre des structures de l’organisme. L’activation immunitaire et les réactions inflammatoires peuvent rester détectables plus de 180 jours après l’infection (Aid et al., 2025). Le système du complément, qui fait partie des défenses immunitaires, peut lui aussi être dérégulé et contribuer à endommager les tissus.
La troisième catégorie concerne les modifications de la paroi interne des vaisseaux sanguins (endothélium) et de la coagulation sanguine. Les observations comprennent des inflammations, une tendance accrue à la coagulation ainsi que de très petits caillots sanguins, appelés microthrombi.
D’autres mécanismes possibles sont également étudiés : des processus inflammatoires dans le système nerveux, une diminution de la production d’énergie dans les mitochondries (composants cellulaires souvent qualifiés de « centrales énergétiques » de la cellule), des perturbations du métabolisme du fer, un stress oxydatif lié aux radicaux libres et des modifications du microbiome (Gupta et al., 2025 ; Skevaki et al., 2025).
Que sait-on des traitements ?
Dans l’ensemble, les données scientifiques sur les traitements restent limitées. Une revue systématique a analysé 24 études portant sur 3 695 personnes. Pour certains résultats concernant trois approches, elle a conclu à un niveau de preuve modéré. Un niveau de preuve modéré signifie que la confiance accordée aux résultats est moyenne. L’effet réel est probablement proche de l’estimation, mais de futurs résultats de recherche pourraient encore modifier sensiblement cette estimation. Cette classification indique le degré de fiabilité des résultats, et non l’ampleur de l’effet ni les chances d’amélioration d’une personne donnée.
Un programme en ligne de thérapie cognitivo-comportementale a réduit la fatigue de 8,4 points en moyenne sur l’échelle utilisée et amélioré la concentration. Dans le groupe ayant suivi une combinaison de réadaptation physique et mentale avec accompagnement en ligne, la proportion de personnes ayant connu une amélioration significative de leur état de santé général était supérieure de 16,1 points de pourcentage à celle du groupe de comparaison ; les symptômes dépressifs et la qualité de vie se sont également améliorés. La troisième approche, un entraînement aérobie intermittent pratiqué trois à cinq jours par semaine pendant quatre à six semaines, a davantage amélioré la fonction physique qu’un entraînement continu. Pour les autres approches thérapeutiques, notamment différents médicaments, aucune donnée scientifique convaincante n’a pu être mise en évidence (Zeraatkar et al., 2024).
Ces résultats concernent les programmes et les objectifs thérapeutiques spécifiquement étudiés. En particulier, les résultats relatifs à l’entraînement ne justifient pas une recommandation générale d’activité physique pour les personnes présentant une PEM. Un entraînement non contrôlé peut aggraver les processus inflammatoires et retarder le rétablissement. En cas de PEM, le pacing guidé par les symptômes, qui consiste à adapter les activités à l’énergie disponible, est probablement plus sûr qu’un programme standardisé prévoyant une augmentation progressive de l’effort (Greenhalgh et al., 2024).
Un guide de pratique clinique international publié en 2026 recommande, pour prévenir le Long COVID, la vaccination ou l’administration de médicaments antiviraux pendant la phase aiguë. Pour le traitement, il recommande des probiotiques multi-espèces, une thérapie cognitivo-comportementale en cas de fatigue et une réadaptation personnalisée après avoir exclu la présence d’une PEM. Le nirmatrelvir-ritonavir n’est pas recommandé pour traiter le Long COVID, pas plus que les glucocorticoïdes en cas de symptômes respiratoires persistants ou de troubles de l’odorat. Le niveau de preuve à l’appui de ces recommandations va de très faible à modéré (Cao et al., 2026).
Prise en charge et questions en suspens
La prise en charge se concentre actuellement sur la gestion de l’énergie, une réadaptation multidisciplinaire adaptée à chaque personne et le traitement des différents symptômes. Une relation thérapeutique continue et une personne référente chargée de coordonner les soins sont essentielles (Brode & Melamed, 2024).
Les données actuelles ne suffisent pas à évaluer de manière fiable l’efficacité des traitements expérimentaux (Livieratos et al., 2024). Des essais randomisés contrôlés de haute qualité sont nécessaires, dans lesquels les personnes participantes sont réparties au hasard entre un groupe de traitement et un groupe de comparaison. Il faut également identifier des biomarqueurs (caractéristiques biologiques mesurables) et des sous-types biologiques du Long COVID. Les études futures devraient inclure des groupes de population jusqu’ici peu représentés et associer activement les personnes concernées (Skevaki et al., 2025 ; Davis et al., 2023).
Bien que nous ne disposions pas encore de données scientifiques robustes sur les approches thérapeutiques et les médicaments, la compréhension croissante des mécanismes biologiques sous-jacents au Long COVID constitue une avancée majeure. Ces connaissances permettront d’identifier et d’étudier des approches thérapeutiques prometteuses.